Sylvain Delahaye - 2025
Et si l'un des secrets de notre bien-être mental se trouvait dans notre assiette ? Cette question, autrefois reléguée aux marges de la médecine conventionnelle, est aujourd'hui au cœur d'une révolution scientifique passionnante. La psychiatrie nutritionnelle, une discipline émergente à l'intersection de la nutrition, de la psychiatrie et des neurosciences, se propose d'étudier de manière rigoureuse l'impact de l'alimentation et des nutriments sur la santé mentale et cérébrale. Elle ne se contente plus d'observer des corrélations, mais cherche à établir des liens de causalité et à développer des interventions concrètes.
L'émergence de ce champ de recherche répond à un besoin urgent. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, la dépression touche environ 5% de la population adulte mondiale, et la prévalence des troubles mentaux ne cesse de croître. Face à ce fardeau socio-économique et humain considérable, les approches thérapeutiques traditionnelles, bien qu'essentielles, montrent leurs limites. Les traitements médicamenteux et les psychothérapies n'offrent pas une rémission complète pour une part significative des patients, estimée entre 20% et 50% . Cette réalité pousse la communauté scientifique à explorer de nouvelles stratégies complémentaires, modifiables et accessibles, au premier rang desquelles figure le mode de vie, et plus particulièrement l'alimentation. "La psychiatrie s'est traditionnellement intéressée à ce qui se passait au-dessus du cou et non au reste du corps. [...] Il y avait deux grands faisceaux d’indices qui m’ont fait penser qu’il s’agissait d’un sujet sur lequel il était potentiellement très important d’enquêter." - Professeure Felice Jacka, pionnière de la psychiatrie nutritionnelle
La thèse centrale de la psychiatrie nutritionnelle, portée par des chercheurs visionnaires comme la professeure australienne Felice Jacka, directrice du Food & Mood Centre, est que l'alimentation n'est plus seulement une mesure préventive, mais une véritable cible de traitement. Les recherches qu'elle a initiées depuis le début des années 2000 ont permis de passer d'un scepticisme initial à une base de données solide, démontrant que la qualité de notre régime alimentaire est un déterminant central de notre santé mentale . Cet article se propose de plonger au cœur de cette discipline, d'en explorer les mécanismes biologiques, d'examiner les preuves scientifiques les plus robustes et de dessiner les contours d'une approche intégrative pour soigner l'esprit par l'assiette.
Les Mécanismes d'Action : Comment la Nourriture Parle à Notre Cerveau Pour comprendre comment une simple modification de nos habitudes alimentaires peut influencer des états aussi complexes que la dépression ou l'anxiété, il est essentiel de se pencher sur les voies biologiques qui relient notre système digestif à notre cerveau. La psychiatrie nutritionnelle a identifié plusieurs mécanismes clés, agissant en synergie, qui expliquent cette connexion intime. Loin d'être une simple question de "volonté", notre humeur est profondément influencée par une biochimie complexe que notre alimentation module au quotidien. L'Inflammation : Le Feu Intérieur qui Alimente la Dépression L'un des piliers de la psychiatrie moderne est la reconnaissance du rôle de l'inflammation dans les troubles de l'humeur. De nombreuses études ont mis en évidence que les patients souffrant de dépression majeure présentent souvent des niveaux élevés de marqueurs inflammatoires dans le sang, tels que la protéine C-réactive (CRP) ou des cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-α) . Il ne s'agit pas d'une inflammation aiguë et visible, mais d'un état inflammatoire chronique de bas grade, une sorte de "feu qui couve" en permanence dans l'organisme et qui finit par affecter le fonctionnement cérébral. Source: Santé Mentale, 2025
Or, l'alimentation est l'un des principaux régulateurs de ce niveau d'inflammation. Les régimes dits "occidentaux", caractérisés par une consommation élevée d'aliments ultra-transformés, de sucres ajoutés, de graisses saturées et d'un manque de fibres, sont intrinsèquement pro-inflammatoires. Une étude récente a montré que les personnes consommant de grandes quantités d'aliments ultra-transformés ont un risque de dépression accru de 22% et d'anxiété de 48%. Ces aliments favorisent l'inflammation systémique, qui peut traverser la barrière hémato-encéphalique et perturber la neurochimie du cerveau.
Pour quantifier ce potentiel inflammatoire, les chercheurs ont développé le Dietary Inflammatory Index (DII). Une méta-analyse de grande ampleur a confirmé une association significative entre un DII élevé et un risque accru de dépression . Une autre étude a même montré qu'une augmentation d'un seul point du score DII était associée à une hausse de 6% du risque de symptômes dépressifs. Source: Adapté de Bergmans & Malecki, 2017, Am J Prev Med. Les données représentent les "odds ratios" ajustés pour la dépression.
À l'inverse, les régimes anti-inflammatoires, dont le régime méditerranéen est l'archétype, démontrent un effet protecteur. Riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et poissons gras, ce modèle alimentaire fournit une abondance de composés bioactifs qui combattent l'inflammation. Parmi eux, les phytonutriments (polyphénols, caroténoïdes) présents dans les végétaux colorés et les acides gras oméga-3 (EPA et DHA) des poissons gras jouent un rôle de premier plan. Ils agissent en modulant les voies de signalisation immunitaire et en réduisant la production de molécules pro-inflammatoires . Adopter une alimentation anti-inflammatoire revient donc à éteindre ce feu intérieur qui consume l'énergie et l'humeur.
L'Axe Intestin-Cerveau : Notre Deuxième Cerveau aux Commandes de l'Humeur L'idée que notre intestin influence nos émotions n'est pas nouvelle ("avoir la peur au ventre"), mais la science moderne a révélé l'ampleur et la complexité de cette connexion. L'axe intestin-cerveau est une autoroute de communication bidirectionnelle, un dialogue constant entre le système nerveux central et le système nerveux entérique (celui de notre intestin), via des voies nerveuses (comme le nerf vague), hormonales et immunitaires.
Au cœur de cet axe se trouve un acteur majeur : le microbiote intestinal. Les trillions de micro-organismes qui peuplent notre côlon ne se contentent pas de digérer les aliments. Ils forment une véritable "usine chimique" qui produit des centaines de substances neuroactives influençant directement notre cerveau. L'exemple le plus frappant est celui de la sérotonine, le neurotransmetteur du bien-être, de la sérénité et de la régulation de l'appétit. Environ 90 à 95% de la sérotonine corporelle est produite dans l'intestin, sous l'influence directe de notre microbiote . Le microbiote produit également d'autres messagers clés comme le GABA, qui favorise le calme et la relaxation.
"L’intestin produit 90 % de la sérotonine dans le corps. [...] Si les mauvaises bactéries de votre système digestif sont présentes en trop grand nombre, cela peut entraîner des problèmes d’ordre intestinaux ou mentaux."
- Dr. Daniel Amen, psychiatre
Un microbiote sain et diversifié, nourri par une alimentation riche en fibres (prébiotiques), fermente ces fibres pour produire des acides gras à chaîne courte (AGCC). Ces AGCC sont non seulement le carburant des cellules intestinales, mais ils possèdent aussi des propriétés anti-inflammatoires et peuvent traverser la barrière hémato-encéphalique pour influencer positivement la fonction cérébrale . De plus, un microbiote équilibré garantit l'intégrité de la barrière intestinale. En cas de déséquilibre (dysbiose), souvent causé par une alimentation pauvre en fibres et riche en produits ultra-transformés, cette barrière devient perméable ("leaky gut"), laissant passer des fragments bactériens et des toxines pro-inflammatoires dans la circulation sanguine, ce qui déclenche une réponse inflammatoire systémique qui atteint le cerveau. L'alimentation est donc le principal levier pour sculpter notre écosystème intestinal. Les aliments complets d'origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, grains entiers) et les aliments fermentés (kéfir, yaourt, choucroute) favorisent la diversité et la santé du microbiote, tandis que les régimes occidentaux l'appauvrissent, créant un terrain propice à l'inflammation et aux troubles de l'humeur.
Les Neurotransmetteurs : La Chimie du Cerveau dans Notre Assiette Le cerveau est un organe extraordinairement énergivore qui dépend d'un approvisionnement constant en nutriments pour fonctionner. Sa capacité à communiquer, penser et réguler l'humeur repose sur un ballet complexe de messagers chimiques : les neurotransmetteurs. La psychiatrie nutritionnelle met en lumière un principe fondamental : le cerveau ne peut pas fabriquer ces messagers à partir de rien. Il a besoin de "briques" élémentaires, les précurseurs, qui proviennent directement de notre alimentation. Ces précurseurs sont principalement des acides aminés, les constituants des protéines. Deux exemples illustrent parfaitement ce mécanisme : • La Sérotonine (Sérénité, sommeil) : Ce neurotransmetteur est synthétisé à partir du tryptophane, un acide aminé essentiel. Le tryptophane doit rivaliser avec d'autres acides aminés pour traverser la barrière hémato-encéphalique. On le trouve dans des aliments comme la dinde, les œufs, les légumineuses, les noix, les bananes et les produits laitiers . • La Dopamine (Motivation, plaisir, concentration) : Ce neurotransmetteur du système de récompense est fabriqué à partir de la tyrosine, un autre acide aminé. Des aliments riches en protéines comme la volaille, le poisson, les œufs, l'avocat et les amandes sont de bonnes sources de tyrosine .
Cependant, la simple présence des précurseurs ne suffit pas. La conversion de ces acides aminés en neurotransmetteurs actifs nécessite l'intervention de cofacteurs : des vitamines et des minéraux qui agissent comme des catalyseurs. Les vitamines du groupe B (en particulier B6, B9-folate, B12), le magnésium, le zinc, le fer et la vitamine C sont indispensables à ces réactions enzymatiques . Une carence en l'un de ces cofacteurs peut ralentir, voire bloquer, la production de neurotransmetteurs, même si l'apport en précurseurs est suffisant. Cela souligne l'importance d'une alimentation globalement riche et variée, plutôt que de se concentrer sur un seul nutriment.
La Plasticité Cérébrale : Nourrir pour Construire et Réparer Longtemps, on a cru que le cerveau adulte était une structure figée. Nous savons aujourd'hui qu'il est doué d'une remarquable neuroplasticité : la capacité de se réorganiser, de créer de nouvelles connexions et même de générer de nouveaux neurones (neurogenèse), en particulier dans une région clé pour la mémoire et la régulation de l'humeur, l'hippocampe.
Une protéine joue un rôle central dans ce processus : le Facteur Neurotrophique Dérivé du Cerveau (BDNF). Souvent qualifié d'"engrais du cerveau", le BDNF est essentiel pour la survie des neurones existants, la croissance de nouveaux neurones et la formation de synapses . Or, la recherche a établi un lien direct entre la dépression et de faibles niveaux de BDNF. Les personnes souffrant de dépression sévère ont en moyenne un hippocampe de plus petite taille, et les traitements antidépresseurs efficaces semblent fonctionner, en partie, en augmentant les niveaux de BDNF et en restaurant le volume de l'hippocampe.
L'alimentation apparaît ici encore comme un puissant modulateur. Des études ont montré que les régimes riches en sucre et en graisses saturées diminuent la production de BDNF et peuvent altérer les fonctions de l'hippocampe en à peine une semaine. À l'inverse, une alimentation saine, riche en polyphénols (présents dans les baies, le thé vert, le chocolat noir) et en acides gras oméga-3, a démontré sa capacité à augmenter les niveaux de BDNF et à soutenir la plasticité cérébrale . En nourrissant notre cerveau avec les bons nutriments, nous lui donnons littéralement les moyens de se construire, de se réparer et de maintenir sa résilience face au stress et à la maladie.
Points Clés : Les 4 Piliers de l'Action Nutritionnelle • Anti-Inflammation : Un régime de type méditerranéen combat l'inflammation chronique de bas grade, un facteur clé dans la dépression. • Microbiote Sain : Les fibres et les probiotiques nourrissent un microbiote qui produit des neurotransmetteurs (sérotonine) et protège de l'inflammation. • Précurseurs & Cofacteurs : L'alimentation fournit les briques (acides aminés) et les outils (vitamines, minéraux) pour fabriquer les messagers de l'humeur. • Neuroplasticité (BDNF) : Les nutriments de qualité (oméga-3, polyphénols) agissent comme un "engrais" pour le cerveau, favorisant sa capacité à se réparer et à s'adapter.
De la Théorie à la Pratique : Les Preuves Scientifiques et les Recommandations Si les mécanismes biologiques sont convaincants, la force de la psychiatrie nutritionnelle réside dans l'accumulation de preuves cliniques robustes. Des études observationnelles à grande échelle aux essais contrôlés randomisés, la science a progressivement transformé une hypothèse audacieuse en une stratégie thérapeutique crédible.
Les Études qui Changent la Donne Les premières pierres de l'édifice ont été posées par des études observationnelles. En comparant les habitudes alimentaires de milliers de personnes à travers le monde, les chercheurs ont mis en évidence une tendance remarquablement cohérente. Des études menées en Espagne, en Norvège, au Japon ou en Australie ont toutes convergé : les personnes suivant un régime "traditionnel" ou "sain" (riche en fruits, légumes, céréales complètes, poisson) présentent un risque de dépression de 25% à 35% inférieur à celles qui adoptent un régime "occidental" typique . Ces études, bien qu'incapables d'établir une causalité directe, ont fourni des indices solides et ont ouvert la voie à des recherches plus ambitieuses.
Le tournant décisif est venu avec l'essai SMILES (Supporting the Modification of Lifestyle In Lowered Emotional States), publié en 2017 et dirigé par la professeure Felice Jacka. Il s'agit du premier essai contrôlé randomisé (RCT) conçu pour tester l'amélioration de l'alimentation comme traitement de la dépression majeure . Source: Essai SMILES, Jacka et al., 2017
Le protocole était rigoureux : 67 patients souffrant de dépression modérée à sévère ont été répartis aléatoirement en deux groupes. Le groupe "intervention" a bénéficié de sept séances de conseils diététiques avec un diététicien pour adopter un régime méditerranéen modifié (le "ModiMedDiet"). Le groupe "contrôle" a reçu un soutien social de même intensité, une thérapie de "camaraderie" (Befriending) pour contrôler l'effet de l'attention sociale. Les résultats, après 12 semaines, ont été spectaculaires. Dans le groupe ayant suivi le régime, près d'un tiers des participants (32%) ont atteint une rémission complète de leurs symptômes dépressifs. En comparaison, seulement 8% des participants du groupe contrôle ont connu une telle amélioration. L'effet était non seulement statistiquement significatif, mais aussi cliniquement majeur, et indépendant des changements de poids ou d'activité physique. Pour la première fois, une étude démontrait de manière causale qu'améliorer son alimentation n'était pas seulement une mesure préventive, mais un traitement efficace pour des personnes déjà malades. Depuis, d'autres RCT ont confirmé ces résultats, consolidant l'idée que l'intervention diététique a sa place dans l'arsenal thérapeutique contre la dépression.
Que Mettre dans son Assiette ? Les Principes d'une Alimentation "Bonne pour le Moral" Face à la complexité des mécanismes, les recommandations pratiques sont heureusement plus simples et s'articulent autour de principes de bon sens, validés par la science. Le régime méditerranéen sert de modèle de référence, non pas comme une prescription rigide, mais comme un cadre flexible et adaptable. • Aliments à privilégier : o Une abondance de végétaux variés et colorés : Fruits et légumes de toutes sortes, pour leur richesse en vitamines, minéraux et phytonutriments anti-inflammatoires. o Céréales complètes : Avoine, orge, riz brun, quinoa, pain complet... pour leurs fibres qui nourrissent le microbiote. o Légumineuses : Lentilles, pois chiches, haricots... excellentes sources de fibres et de protéines végétales, ainsi que de précurseurs comme le tryptophane. o Noix et graines : Amandes, noix, graines de chia, de lin... pour leurs bonnes graisses, fibres et minéraux comme le magnésium et le zinc. o Poissons gras : Au moins deux fois par semaine (saumon, maquereau, sardines, hareng) pour leur apport crucial en acides gras oméga-3 (EPA et DHA). o Huile d'olive extra-vierge : À utiliser comme principale source de matière grasse, pour ses polyphénols anti-inflammatoires. o Aliments fermentés : Yaourt, kéfir, choucroute, kimchi... pour leur apport en probiotiques bénéfiques pour l'intestin. • Aliments à limiter : o Aliments ultra-transformés : Plats préparés, snacks industriels, céréales sucrées... qui sont pro-inflammatoires et pauvres en nutriments. o Boissons sucrées et sucres ajoutés : Associés à l'inflammation et à des déséquilibres de la glycémie. o Produits raffinés : Pain blanc, pâtes blanches, riz blanc... qui ont perdu leurs fibres et nutriments. o Graisses saturées et trans : Présentes dans la friture, les produits industriels et les viandes grasses en excès.
Au-delà du régime global, la recherche a identifié des nutriments spécifiques dont le rôle est particulièrement bien documenté. Les recommandations de sociétés savantes comme la World Federation of Societies of Biological Psychiatry (WFSBP) et la Canadian Network for Mood and Anxiety Treatment (CANMAT) permettent de hiérarchiser leur importance. Source: Basé sur les recommandations de WFSBP/CANMAT 2022 et les niveaux de preuve cités dans la littérature.
Les acides gras oméga-3, en particulier l'EPA, bénéficient du plus haut niveau de preuve, souvent recommandés en complément des antidépresseurs à des doses de 1 à 2 grammes par jour. La vitamine D, dont la carence est très répandue et corrélée à la dépression, est également une piste sérieuse, tout comme le zinc et certaines vitamines du groupe B (folate et B12), qui sont des cofacteurs essentiels de la neurochimie cérébrale.
Défis, Nuances et Avenir de la Psychiatrie Nutritionnelle Malgré son essor et ses promesses, la psychiatrie nutritionnelle est une discipline jeune qui doit faire face à des défis méthodologiques et clarifier sa place dans le paysage thérapeutique. Son avenir dépendra de sa capacité à affiner ses recommandations, à personnaliser ses approches et à s'intégrer de manière pragmatique dans les parcours de soins.
Une Approche Complémentaire, Pas une Substitution Il est crucial de le souligner : la psychiatrie nutritionnelle ne se présente pas comme une alternative aux traitements validés, mais comme une approche complémentaire et intégrative. L'alimentation ne remplace ni la psychothérapie, ni les traitements médicamenteux lorsque ceux-ci sont nécessaires. Son rôle est de s'intégrer dans une prise en charge globale de l'hygiène de vie, au même titre que l'activité physique, la gestion du stress et la qualité du sommeil . "Les découvertes de la psychiatrie nutritionnelle font petit à petit évoluer la prise en charge des troubles de l’humeur sans se substituer aux thérapies validées."
- Dr. Guillaume Fond, psychiatre
L'objectif est de créer un terrain biologique plus favorable à la guérison. Une alimentation saine peut potentiellement améliorer l'efficacité des autres traitements, réduire les effets secondaires métaboliques de certains psychotropes et diminuer le risque de rechute. Cette approche nécessite une collaboration étroite entre psychiatres, médecins généralistes, et diététiciens-nutritionnistes formés, afin de proposer un accompagnement personnalisé, sécuritaire et adapté aux besoins et aux comorbidités de chaque patient (ex: troubles du comportement alimentaire).
Les Limites de la Recherche et les Pistes Futures La recherche en nutrition est notoirement complexe. Mener des essais contrôlés randomisés (RCT) de haute qualité se heurte à plusieurs obstacles : • L'impossibilité du double aveugle : Contrairement à un médicament, il est impossible pour un participant d'ignorer s'il suit un régime méditerranéen ou non, ce qui peut créer un biais d'attente (effet placebo). • Les facteurs de confusion : Les personnes qui améliorent leur alimentation adoptent souvent d'autres comportements sains (plus d'exercice, moins de tabac), ce qui complique l'isolement de l'effet de la seule nutrition. • L'adhérence : Maintenir un régime alimentaire sur le long terme est un défi, et la mesure de l'adhérence repose souvent sur des auto-déclarations sujettes à des biais. Consciente de ces défis, la communauté scientifique, notamment via l'International Society for Nutritional Psychiatry Research (ISNPR), travaille à standardiser les protocoles pour améliorer la rigueur des études futures . Les axes de recherche pour l'avenir sont nombreux et prometteurs : • La personnalisation : Aller au-delà des recommandations générales pour adapter les régimes aux profils individuels (génétique, métabolisme, composition du microbiote). • Les psychobiotiques : Identifier et tester l'efficacité de souches de probiotiques spécifiques ("psychobiotiques") capables de produire des substances neuroactives et d'agir sur des symptômes psychiatriques ciblés. • L'élargissement à d'autres troubles : Si la dépression est le domaine le mieux étudié, des recherches émergent sur l'intérêt du régime cétogène dans le trouble bipolaire, des régimes d'élimination dans le TDAH, ou de l'impact de la nutrition sur l'anxiété et la schizophrénie. • La chrono-nutrition : Étudier si le moment de la prise des repas, en lien avec notre horloge biologique, peut influencer l'humeur et le sommeil.
Conclusion : Reprendre le Pouvoir sur sa Santé Mentale par l'Alimentation La psychiatrie nutritionnelle a déplacé les lignes. Elle a transformé notre compréhension de la santé mentale en la reconnectant au reste du corps, démontrant que ce que nous mangeons est un levier d'action puissant, modifiable et accessible. Les preuves sont là : via la modulation de l'inflammation, l'équilibre de notre microbiote intestinal, la synthèse de nos neurotransmetteurs et le soutien à la plasticité de notre cerveau, l'alimentation est bien plus qu'une simple source d'énergie. Elle est une information biochimique qui dialogue en permanence avec notre esprit. Loin d'être une solution miracle, cette approche offre un message d'espoir et d'autonomisation. Dans un monde où les troubles mentaux peuvent sembler accablants et hors de contrôle, se réapproprier le contenu de son assiette est une démarche concrète, un acte de soin quotidien. C'est devenir un acteur de sa propre santé, en complémentarité avec les soins médicaux et psychologiques. Le chemin est encore long, la recherche doit s'affiner et la pratique clinique se structurer. Mais une nouvelle voie est tracée. Considérer notre alimentation non plus comme une contrainte, mais comme l'un des outils les plus fondamentaux pour nourrir notre corps et apaiser notre esprit, pourrait bien être l'une des révolutions les plus importantes de la santé mentale au 21ème siècle.
Documentation de référence [1] Nutritional Psychiatry: Where to Next? - PMC https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5360575/
[2] La dépression se prévient aussi par l'alimentation https://www.foodinaction.com/la-depression-se-previent-aussi-par-lalimentation/
[3] Découverte de liens étonnants entre alimentation et santé ... https://www.nationalgeographic.fr/sciences/sante-medecine-nutrition-les-scientifiques-decouvrent-des-liens-etonnants-entre-alimentation-et-sante-mentale
[4] The association of dietary inflammatory potential with ... https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5484161/
[5] Psychiatrie nutritionnelle https://neurostimfrance.com/psychiatrie-nutritionnelle/
[6] vous améliorez votre alimentation, plus vous en retirez des ... https://www.fondation-fondamental.org/plus-vous-ameliorez-votre-alimentation-plus-vous-en-retirez-des-avantages-pour-votre-sante-mentale
[7] Nutritional Psychiatry: Where to Next? https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28242200/
[8] vous améliorez votre alimentation, plus vous en retirez des ... https://www.fondation-fondamental.org/plus-vous-ameliorez-votre-alimentation-plus-vous-en-retirez-des-avantages-pour-votre-sante-mentale
[9] Comment l'alimentation influence notre santé mentale ? https://www.inicea.fr/articles/troubles-du-comportement-alimentaire/alimentation-sante-mentale
[10] Dépression et inflammation : le rôle émergent du système ... https://theconversation.com/depression-et-inflammation-le-role-emergent-du-systeme-immunitaire-en-psychiatrie-171459
[11] Pro-inflammatory diet and the risk of depression and anxiety https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0165032725009759
[12] A Systematic Review and Dose–Response Meta-Analysis https://www.frontiersin.org/journals/nutrition/articles/10.3389/fnut.2021.662357/full
[13] Microbiome intestinal et son lien avec la santé mentale https://www.biron.com/fr/centre-du-savoir/parole-de-specialiste/microbiome-influence-sante-mentale/
[14] Nutritional psychiatry: Your brain on food https://www.health.harvard.edu/blog/nutritional-psychiatry-your-brain-on-food-201511168626
[15] Current state of nutritional psychiatry: A scoping review of ... https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12400390/
[16] La gestion émotionnelle par l'alimentation - La French Co http://www.lafrenchco.fr/2018/03/21/la-gestion-emotionnelle-par-lalimentation-les-neurotransmetteurs/
[17] Neurotransmitters Regulation and Food Intake: The Role of ... https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9822089/
[18] Nutritional Psychiatry: A Novel Approach to the Treatment of ... https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11898261/
[19] Nutritional psychiatry professor Felice Jacka https://www.theguardian.com/food/2023/oct/21/nutritional-psychiatrist-felice-jacka-the-global-food-system-is-the-leading-cause-of-early-death
[20] New insights into the connection between food and mood https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0924224425002419
[21] Psychiatrie nutritionnelle: préserver sa santé mentale par l' ... https://francais.medscape.com/voirarticle/3612045
[22] Psychiatrie nutritionnelle : un champ de recherche à explorer https://www.mmj.fr/actualites/psychiatrie-nutritionnelle-un-champ-de-recherche-explorer
[23] Methodological and reporting recommendations for clinical ... https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12269743/
[24] Felice Jacka https://foodandmoodcentre.com.au/team/felice-jacka/
[25] Alimentation et dépression : l'impact négatif des aliments ultra ... https://www.santementale.fr/2025/05/alimentation-et-depression-limpact-negatif-des-aliments-ultra-transformes/

